vendredi 25 janvier 2013

BND - Philippe-Jacques de Loutherbourg, "Tourments et Chimères", Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Musée des Beaux-Arts de Strasbourg - Philippe-Jacques de Loutherbourg, "Tourments et Chimères" : Un peintre au talent incroyable et à la vie sulfureuse !!!

Musée des Beaux-Arts de Strasbourg - Palais Rohan
2, place du Château
67000 Strasbourg
Tel. : 03.88.88.50.68.
www.musees-strasbourg.org

Note : 4 / 5

A l'occasion du bicentenaire de sa mort, Strasbourg rend hommage à un enfant du pays injustement oublié : Philippe-Jacques de Loutherbourg, peintre au talent protéiforme et à la vie rocambolesque. Né à Strasbourg en 1740, Loutherbourg est un artiste au parcours stupéfiant. Il est peintre, mais déploie également ses talents dans le théâtre, l'alchimie, la médecine parallèle, etc. Toutefois, sa vie pour le moins sulfureuse a malheureusement vite éclipsé son œuvre.
Il avait fort mauvaise réputation de son vivant. Les vicissitudes de son existence ont fini par étouffer l’œuvre. Si l’histoire a retenu Philippe-Jacques de Loutherbourg (1740-1812) comme rénovateur de la scène anglaise, à partir de 1771, elle a oublié le peintre. Pensez ! La dernière rétrospective consacrée à son œuvre a eu lieu à Londres, en 1973.
"Tourments et chimères" est la première rétrospective en France de Philippe-Jacques de Loutherbourg. Elle permet de découvrir toutes les facettes de cet artiste encensé par Diderot, qui travailla à Paris avec le peintre Casanova (frère du célèbre séducteur) et qui fut portraituré par Gainsborough.
L’artiste, né à Strasbourg, quitta vite la ville cependant, attiré par Paris. Il y fit son apprentissage auprès de Francesco Casanova, le frère cadet du célèbre Giacomo. A 15 ans, il entre dans l’atelier du peintre et se montre si habile que son maître ne se gêne pas pour signer quelques tableaux de son propre nom. Pour se venger, Loutherbourg non seulement couche avec sa femme, mais en plus quitte l’atelier avec quelques tableaux sous le bras pour se présenter à l’Académie royale de Peinture et de sculpture avec une vingtaine de tableaux. Il y est reçu "par acclamation" en 1767.
Un débutant prometteur. A tel point, qu'il est loué en sa jeunesse par Diderot, rien que ça, qui lui consacra un article entier dans son "Salon de 1763".
La vie privée du personnage fait alors déjà jaser. Marié à une courtisane, il en loue les services, notamment à un capitaine de la Compagnies des Indes. Il y aura un procès scandaleux. Un autre l’opposera plus tard à son épouse, mère de cinq enfants. Il l’a fait avorter à coups de pied, ce qui passe mal, même au XVIIIe siècle. Le mauvais mari choisit de prendre la clef des champs. Il ne reverra jamais les siens.
Ainsi en 1771, il quitte la France laissant femme et enfants en bas âge à Paris, pour s'installer à Londres. Il travaille alors avec le célèbre acteur John Garrick pour réaliser les décors du théâtre de Drury Lane en créant des effets spéciaux spectaculaires avec un succès considérable. Durant une décennie, les idées de Loutherbourg font sensation. L’homme décide de faire ensuite cavalier seul. Il crée un théâtre miniature, " l’Eidophysikon", plein de machineries. Le triomphe dure trois ans. Il subsiste de ces travaux des projets de décor, montrés à Strasbourg. 
L'artiste intègre également la Royal Academy et se lie d'amitié avec Cagliostro, de passage à Londres, avant une brouille fracassante. Par ailleurs, il est aussi guérisseur-magnétiseur tout en continuant son activité de peintre. On comprend que les tableaux eux-mêmes aient pu passer au second plan.
Considérablement assagi vers la fin de sa vie, il se distingue dans la peinture d'histoire et représentation de batailles navales. L'artiste semble prendre un malin plaisir, d'ailleurs, à peindre les défaites françaises face aux anglais. Mais sa grande spécialité reste le paysage avec animaux, genre largement représenté dans l'exposition strasbourgeoise.
Grâce à une centaine d'œuvres, venant de collections publiques et privées de France mais aussi de Grande-Bretagne et des États-Unis, tant peintures qu'œuvres sur papier, elle vise à montrer toutes les facettes de son art. Pour le Musée des beaux-arts de Strasbourg, dirigé par Dominique Jacquot, il a fallu se limiter à une centaine de pièces, pour cette exposition qui dure jusqu'au 18 février 2013
L’obscurité relative de l’artiste a permis d’obtenir des prêts importants. La Tate Britain a ainsi envoyé l’admirable "Avalanche dans les Alpes". Une icône. Le vaste "Les chutes du Rhin" est venu du Victoria & Albert. Une merveille. Le Musée maritime de Greenwich a mis dans une caisse une gigantesque bataille navale qui entre à peine dans les salles, pourtant hautes, de Strasbourg.
L'exposition aborde son œuvre d'une manière chronologique tout en s'attachant, à l'intérieur de ce cadre, à certaines thématiques : les pastorales, les naufrages, la peinture d'Histoire (Bible et batailles), les paysages anglais et les dangers de la Nature. Des dessins et des estampes sont également exposés et sont de véritables révélations.
Grâce à la rétrospective proposée par le musée des Beaux-Arts de Strasbourg, on peut se faire une idée assez précise de l’œuvre de Loutherbourg. Certes ce n’est pas un peintre majeur et ses toiles ne demeureront pas toutes imprimées dans la mémoire. Mais, son œuvre est intéressante parce qu'elle montre un esprit tourmenté, prise entre deux périodes, celle des Lumières et des pré-romantiques. Cela se ressent dans certains sujets tels les batailles. De ces cent toiles et dessins, il se dégage une impression de remous, de brouillard et de tumultes.  La plupart des œuvres représentent des marines (avec des bateaux pris dans une tempête), des vaches dans de verts pâturages ou des scènes de bataille.
C'est une exposition que je vous recommande car, malgré des toiles plus ou moins innovantes voire intéressantes, elle permet de découvrir un peintre d'inspiration anglaise. La légende voulant même que Turner lui voua une véritable estime. Si ce n'est pas un argument ça !!!

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